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L’année 2011 se termine et avec elle un mois de décembre placé sous
le signe des manifestations politiques. Rappelons les faits: suite aux
élections du 04 décembre 2012 qui ont entraîné une baisse de Russie
Unie et une forte hausse des partis nationalistes ou de gauche, des
fraudes électorales ont été dénoncées. Ces fraudes auraient permis au
parti au pouvoir et disposant de la ressource administrative,
de gonfler son score et de fausser les résultats. Pourtant, près de
deux semaines après les élections, alors que des enquêtes sont en cours
suite aux plaintes déposées, le nombre de fraudes recensées dans le
pays y compris Moscou ne semble pas avoir faussé notablement le
scrutin, dont les résultats sont conformes aux nombreux sondages et
estimations d’avant et d’après vote.
Revenons aux manifestations: Le 10 décembre 2011, un grand meeting
unitaire d’opposition avait lieu à Moscou, rassemblant 30 à 40.000
personnes. J’ai déjà décrit
la relative incohérence politique de cette manifestation qui
rassemblait côte à côte des membres de la jeunesse dorée Moscovite, des
nationalistes radicaux, des antifascistes, ainsi que des libéraux et
des communistes. Souhaiter le départ à la retraite de Vladimir Poutine
n’est pas un programme politique, et quand à la tenue de nouvelles
élections, on se demande en quoi elle concerne des dizaines de
sous-groupuscules politiques non candidats à la représentation
nationale.
Le 17 décembre le parti d’opposition libérale Iabloko a rassemblé quelques 1.500 partisans, alors que le meme jour qu’un millier de sympathisants du mouvement eurasien et du syndicat des citoyens russes (Профсоюз Граждан России)
se réunissaient pour dénoncer les manipulations oranges et rappeler la
nécessité d’un état fort. Le lendemain, le 18 décembre, ce sont près
de 3.500
militants du parti Communiste qui se sont réunis. Le 10 décembre, lors
de la grosse manifestation dopposition, l’un des leaders de
l’opposition liberale, Mikhaïl Kassianov, avait affirmé que "Si
aujourd'hui nous sommes 100.000, cela pourrait être 1.000.000 demain".
Celui ci a appelé à un printemps politique
en Russie, un discours étrangement similaire à celui de l’excessif
républicain John Mc Cain ces dernières semaines. Pour autant aucune
marée humaine n’a déferlé dans les villes du pays, au grand dam de
nombre de commentateurs occidentaux qui annonçaient déjà l’Armageddon
en Russie, et c’est seulement une neige abondante qui a recouvert le
pays le 24 décembre, jour de la manifestation unitaire.
Cette journée du 24 décembre n’aura finalement été un succès qu’a
Moscou. En province, dans les autres villes de Russie, la mobilisation
aura faibli par rapport aux rassemblements du 10 décembre. A
Vladivostok, la manifestation a réuni 150 personnes, contre 450 le 10
décembre. A Novossibirsk 800 personnes ont défilé contre 3.000 le 10
décembre. A Tcheliabinsk dans l’Oural, les manifestants étaient moins de
500 contre 1.000 le 10 décembre, à Iekaterinbourg 800 personnes ont
manifesté contre 1.000 le 10 décembre dernier. A Oufa, 200 manifestants
se sont rassemblés, soit autant que le 10 décembre. Enfin 500 personnes
ont défilé à Krasnoïarsk contre 700 le 10 décembre. Notons qu’à
Saint-Pétersbourg, haut lieu de la contestation et bastion libéral en
Russie, de 3 a 4.000 personnes ont défilé, contre près de 10.000 le 10
décembre dernier. (Sources : Ria-Novosti et Ridus.ru).
Dans la capitale le 24 décembre, 3 meetings différents ont eu lieu. 2.000 nationalistes du parti nationaliste Libéral-Démocrate de Vladimir Jirinovski, et 3.000
sympathisants du politologue Sergueï Kurginyan ont manifesté
séparément pour répondre à la "peste orange". Enfin et surtout dans ce
qui est sans doute le plus gros meeting d’opposition de l’année, avenue
Sakharov, ce sont 40 à 50.000 personnes
qui se sont rassemblées. La manifestation de Moscou s’est déroulée
sans incidents notables, si ce n’est à la fin du meeting, quand des
radicaux d’extrême droite ont tenté de monter
sur la tribune en force, alors même que le leader ultra nationaliste
Vladimir Tor (dirigeant du mouvement NazDems) avait pris la parole
quelques minutes auparavant. On peut du reste se demander pourquoi les
nombreux journalistes occidentaux présents n’ont pas relevé le fait que
plusieurs milliers de jeunes nationalistes radicaux sifflaient ou
criaient "russophobe"
en direction de certains orateurs de diverses confessions et
scandaient des slogans tels que: "les russes ethniques de l'avant", ou
"donnez la parole aux russes ethniques". Un deux poids deux mesures
pour le moins surprenant.
Dans le pays et donc surtout à Moscou, les rassemblements du 24
décembre ont tourné à la cacophonie politique totale. Les meetings ont
de nouveau rassemblé toutes les composantes politiques les plus
improbables, des nationalistes radicaux aux antifascistes, en passant
par les libéraux, les staliniens, les activistes gays et lesbiennes ou
quelques stars du Show Business russe. Plus surprenant, toujours lors de
la manifestation de Moscou, la présence du milliardaire Prokhorov et
de l’ancien ministre des finances Aleksei Koudrine, pourtant proche de
Vladimir Poutine. Aleksei Koudrine a d’ailleurs pris la parole,
ajoutant à la cacophonie ambiante et déclenchant un record de
sifflements du public. Pour la première fois un député d’opposition
très connu a mis le doigt
sur cette désunion systémique de la soi disant opposition, en quittant
la manifestation avant même de prendre la parole. Même son de cloche
pour l’analyste politique Vitali Ivanov, pour qui l'opposition à
Vladimir Poutine est une nébuleuse qui mène des conversations de
cuisine.
La prochaine grande journée de manifestation devrait avoir lieu en
févier, c’est à dire pendant le mois précédant l’élection présidentielle
du 4 mars 2012. Pour autant, on imagine difficilement comment Vladimir
Poutine ne serait pas réélu et tout d’abord au vu de la situation
économique que connaît le pays. La croissance du PIB devrait frôler les
4,5% en 2011 et sans doute autant en 2012. Le taux de chômage est
descendu à 6,3%, la dette du pays est faible, inférieure a 10% du PIB,
et les réserves de change sont d’environ 500 milliards de Dollars.
L’inflation est à la baisse, estimée pour cette année à 6,5% soit son
plus faible niveau depuis 20 ans. La Russie est aujourd’hui la 10ieme
économie du monde en produit intérieur brut nominal et la 6eme économie
mondiale à parité de pouvoir d'achat. Selon les analyses du centre de
recherche britannique CBER la Russie devrait être la 4ieme économie de la planète aux environ 2020.
Il est donc très difficile d’imaginer comment la personne jugée
directement responsable de ce redressement économique par la majorité
des citoyens pourrait ne pas être réélue. Bien sur il est plausible que
la vague de mécontentement se reflète dans les scores de la
présidentielle de mars 2012, et que Vladimir Poutine ne soit pas élu au
premier tour avec 71% des voix, comme en 2004, ou avec 72% des voix,
comme Dimitri Medvedev en 2008, dans une Russie en totale euphorie
économique. Celui ci devra probablement envisager un score plus proche
de celui de mars 2000 (Vladimir Poutine avait obtenu 52% des voix) voire
se préparer à un second tour. Si tel est était le cas, il y
affronterait probablement le candidat du parti communiste, Guennadi
Ziouganov. Un choix cornélien pour les occidentaux, mais qui
refléterait parfaitement la tendance électorale initiée par les
dernières élections législatives russes qui ont vu les partis de gauche
augmenter fortement leur poids électoral.
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